mercredi 20 février 2008

L'interview de Spiegel

L'interview réalisée par Spiegel en marge de la première de "Filth and Wisdom" vient d'être traduite en anglais ! La voici donc en français. La traduction était longue mais ça valait le coup ! C'est une des meilleures interviews de Madonna depuis longtemps. Celle-ci revient sur ses débuts en tant que réalisateur mais aussi sur sa vision de la célébrité et son engagement dans la sauvegarde de la nature.

A propos du cinéma ...

SPIEGEL: Madonna, concernant votre carrière dans la musique, vous êtes au top: Vous venez de remporter un Grammy Award, en mars, vous serez admise au sein du "Rock and Roll Hall of Fame" et au printemps votre album tant attendu sortira. Quand on pense au cinéma, cela n'a pas été facile pour vous. Les critiques ont été mauvaises, et peu de gens voulaient voir les films dans lesquels vous jouiez. Maintenant vous êtes venue à Berlin pour présenter votre premier film "Filth and Wisdom». Etes-vous masochiste?

Madonna: Vous oubliez que cette fois, je ne suis pas actrice. Je suis assise ici en tant que réalisatrice et c'est vraiment une nouvelle page qui s'ouvre pour moi. En fait, je me sens plus à l'aise dans ce rôle.

SPIEGEL: Pourquoi?

Madonna: Les réalisateurs racontent des histoires, et ça me ressemble. Quand j'étais actrice, je me sentais mal à l'aise, je devais intégrer une histoire extérieure. En tant que réalisatrice, je peux donner ma vision aux choses.

SPIEGEL: Parce que généralement vous voulez être le patron ?

Madonna: Non, c'est pas comme ça. Bien sûr, c'est une question de pouvoir. Mais ce n'est pas ça uniquement : je ne contrôle pas tout, parce que c'est toute une équipe derrière qui travaille sur le projet. Il s'agit de coopération. J'avais déjà écrit le scénario avec quelqu'un et parlé aux caméramans, acteurs et techniciens. J'aime beaucoup quand tout s'assemble et que les choses marchent.

SPIEGEL: Mais seulement, si vous avez le dernier mot, non?

Madonna: Bien sûr, je suis celle qui, à un moment doit dire : "Bon, ce sera comme ça que nous le ferons!" C'est parce que nous travaillons sur ma vision des choses. Mais je n'aurais pas pu le réaliser par moi-même.

SPIEGEL:Est-ce que votre mari, le réalisateur Guy Ritchie, vous a soutenu ?

Madonna: Il m'a donné de bons conseils effectivement. Il m'a dit: Il faut que tu sois sûre de toi si tu veux mener les choses. Si t'es nerveuse, et si les autres le remarquent, tu gâcheras tout.

SPIEGEL: Les gens ne pensent pas qu'il vous arrive de douter. Est-ce que votre ego est plus fragile que l'on pourrait le croire? À quand remonte la dernière fois où vous étiez nerveuse?

Madonna: C'est ce qui me fait une bonne actrice, non? Croyez-moi, je suis souvent très nerveuse, surtout lorsque les choses sont nouvelles pour moi et que je veux faire bonne impression. Et j'étais vraiment nerveuse au début du tournage. J'ai eu peur, que tous ces professionnels, qui avaient travaillé avec des réalisateurs renommés avant, ne pas me prennent pas au sérieux.

SPIEGEL: Et ça a marché?

Madonna: Le premier jour de tournage a été très dur. Bien sûr, les cameramans, avec leur expérience n'attendaient pas que je leur dise où placer les équipements. J'ai vraiment dû prendre soin d'être prise au sérieux.

SPIEGEL: À partir de votre expérience de travail en studio, vous devez avoir pris l'habitude d'être conseillée par d'autres?

Madonna: Oui, c'est le même genre de chose. Mais je ne suis pas un dictateur. J'aime beaucoup écouter les conseils du caméraman, quand il propose un angle différent, et de la même façon j'ai pris Justin Timberlake au sérieux quand il me disait dans le studio, que la chanson serait meilleure différemment.


Madonna : critiques et vie personnelle ...

SPIEGEL: Comment faites-vous face à la critique? N'est-il pas parfois risqué, pour vous, la star, d'avouer que l'une de vos idées n'est peut-être pas la bonne après tout?

Madonna: Cela dépend de chaque cas. Si quelqu'un a une meilleure idée que moi, je n'ai pas de problème à l'accepter. Mais, par exemple lorsque je réalise une scène, et que je suis convaincue de ma vision des choses, je veux qu'elles soient faites ainsi et pas autrement.

SPIEGEL: Dans l'histoire, que vous avez réalisée, des jeunes se battent pour réaliser leurs rêves de carrière. Cela ressemble beaucoup à votre propre carrière personnelle.

Madonna: Oui, je voulais écrire un script, qui soit en forte relation avec ma vie personnelle. Si vous voulez raconter une bonne histoire, alors vous devez parler de choses que vous connaissez. Comme il y a trente ans, je débarquais à New York tout droit du Michigan. Jeune, j'ai pris des cours de danse, et je rêvais d'une carrière de ballerine mais j'ai vite été confrontée à la vérité nue de New York. Avec les autres nombreux danseurs, nous vivions dans la pauvreté. Nous avions tous faim et avions besoin d'un emploi.

SPIEGEL: Dans votre film une danseuse apprend rapidement qu'elle doit vendre son corps pour survivre. Est-ce que cela a compté pour vous aussi, en tant que jeune Madonna?

Madonna:Eh bien, c'est un peu exagéré de parler de ma sagesse. C'est une altération du proverbe: "Quel que soit le coût, je vais y arriver". D'un autre côté, c'est vrai.


Madonna et la célébrité

SPIEGEL: Est-ce plus difficile de devenir célèbre ou de le rester?

Madonna: Oh, c'est beaucoup plus difficile de rester à la page. Il est plus facile d'entrer dans un club que d'y survivre.

SPIEGEL: De nos jours, est-il plus difficile d'être célèbre dans ce monde numérique avec Internet et le téléphone portable, les appareils photos, que dans les années quatre-vingt lorsque vous avez commencé votre carrière?

Madonna: Ce n'est qu'un mythe. Ca a toujours été épuisant d'être célèbre. Beaucoup d'artistes-tant dans le cinéma quand dans la musique- ont souffert de leur gloire, Marilyn Monroe, par exemple. C'est dur d'être constamment regardé et jugé. Quand vous vous promenez dans les rues avec vos enfants, et que cinq personnes se ramènent avec les objectifs de leurs appareils photos pointés vers vous c'est surréaliste. Et je ne parle pas uniquement de moi mais plutôt de la Princesse Diana ou de Britney Spears.

SPIEGEL: Alors, quel est votre secret ultime pour survivre dans ce monde?

Madonna: Il n'y a pas de secret. Le truc, c'est qu'il y a des gens qui possèdent ces dons de survie, qui leur permettent de passer outre des situations difficiles. Tout le monde n'est pas fait pour avoir une vie publique. Et croyez-moi, c'est difficile de ne se laisser perturber. Parfois, je me sens comme un animal que l'on chasse. Il faut vraiment avoir confiance en soi avant de devenir célèbre. Et il ne faut pas s'entourer de gens qui vous traitent comme un demi-dieu, et qui n'arrivent pas à différencier l'illusion de la réalité.


Madonna et l'Europe

SPIEGEL: Vous avez tourné le film à Londres, où vous vivez la plupart du temps. Vous avez déclaré adorer les réalisateurs européens tels que Federico Fellini. Etes-vous plus Européenne qu'Américaine?

Madonna: Non, j'ai toujours été fascinée par l'Europe. Dès mon plus jeune âge, j'ai développé une certaine fascination pour l'art antique. Pendant un an, à l'Université du Michigan, j'allais chaque semaine au ciné-club voir des films européens. J'ai été profondément impressionnée par les vieux films français et italien. En fait, je n'ai pas de film préféré ou de réalisateur, mais Godard m'a vraiment inspiré pendant le tournage de mon film.


Madonna entre écologie et élections

SPIEGEL: La prise de conscience écologique est très à la mode de nos jours. De toute évidence, vous semblez être fan de l'ancien vice-président et «éco-prédicateur» Al Gore. Voyagez-vous toujours en jet privé?

Madonna: Je suis impressionnée par le travail d'Al Gore, sur les problèmes climatiques. Parce que discuter d'art et de créativité est vraiment ridicule, si nous avons vivons sur une planète fichue. Et: Oui, j'ai changé ma façon de vivre , et j'espère que vous l'avez fait aussi!

SPIEGEL: Suivez-vous la campagne électorale aux Etats-Unis ?

Madonna: C'est exactement ce que je fais: je la suis! Si maintenant vous voulez savoir pour qui je vais voter, ma réponse est: aucune idée! Je n'ai pas d'idée claire dans mon esprit. Mais si vous voulez une déclaration: je suis absolument pas fan de George W. Bush!


Les 50 ans de Madonna

SPIEGEL: Vous aurez 50 ans, le 16 Août prochain. Existe-t-il va y avoir une grosse ou une petite fête?

Madonna: Une fête de toute évidence.

SPIEGEL: On dit qu'il il va y avoir une grande fête, une célébration.

Madonna: J'ai l'habitude d'organiser de grandes fêtes oui.

SPIEGEL: Selon les rumeurs, il y aura un concert à Central Park à New York. C'est ce qui a été écrit dans les tabloïds anglais.

Madonna: C'est simplement insensé. Vous ne devriez pas y croire...


Madonna sur le web ...

SPIEGEL: Avez-vous déjà effectué une recherche sur Google sur vous-même?

Madonna: Je ne suis pas folle. J'utilise Internet seulement comme dictionnaire.

SPIEGEL: Et quelle est la dernière chose que vous ayez recherchée?

Madonna: Quelque chose au sujet de l'écrivain Rudyard Kipling. Je voulais savoir, s'il a avait été nazi. Dans beaucoup de ses livres, j'ai trouée une croix gammée. Mais j'ai découvert qu'en fait, il y a longtemps en Inde, la croix gammée était un vieux symbole de chance.


Interview par Christoph Dallach
Traduction en anglais signée : DJ Cooky
Traduction en français signée : DJS de New Madonna Music